Vingt et un

«Les signes ne trompent pas. Personne ne veut y
croire, pourtant ils sont là. D'abord, il y a eu le grand
chêne, au fond de la prairie. Vingt et une feuilles sont
devenues blanches. Du jour au lendemain. Blanches
comme l'ivoire, en plein milieu de la verdure. Je les ai
cueillies. Toutes petites. Dans ma paume, on aurait dit
des fientes d'oiseaux. Je peux les montrer a qui me le
demande : elles sont rangées au-dessus du buffet,
dans la bibliothèque, entre deux pages de la Bible.»
Depuis la mort de sa femme, Jean vit seul dans sa
ferme située entre Nantes et Saint-Nazaire ; sa vie
est rythmée par la lecture de la rubrique nécrologique
du journal et sa visite dominicale au bistrot
du village. Jusqu'au jour où des événements surnaturels
se produisent chez lui : tout le porte rapidement
à croire que l'Apocalypse est imminente. Elle
aura lieu dans son jardin. Pour conjurer l'apparition
de la Bête, Jean fait alors appel à un magnétiseur et
se laisse entraîner dans une fable grinçante.