Le surnaturel incarné dans la création : une lecture de la théologie du surnaturel d'Henri de Lubac

Depuis le concile Vatican II, le terme «surnaturel» a
quasiment disparu du langage théologique et du langage
pastoral. On ne sait plus s'il s'agit d'un adjectif (des «choses
surnaturelles») ou d'un substantif («le» surnaturel) et on peut
passer, dans la même phrase, de l'un à l'autre. Il arrive même que
le terme de «grâce» le remplace et semble ainsi prendre la même
signification.
Mais est-il possible de se passer du terme de «surnaturel» dans
une réflexion en anthropologie chrétienne ? Est-il possible de le
considérer comme synonyme de «grâce» ?
Le cardinal Henri de Lubac est un guide précieux pour instruire
ces questions, à condition de ne pas réduire son rôle à celui d'un
historien des doctrines, mais de le suivre dans son élaboration d'une
théologie du surnaturel. Cet ouvrage se propose de dessiner les
contours de cette théologie et de redécouvrir, à l'école du jésuite,
l'ampleur de la notion de surnaturel.
Comme il l'affirmait dès 1934, le surnaturel n'est pas un miracle
(même s'il est au-dessus des forces humaines) mais il est enraciné
dans la nature humaine et se manifeste dans le désir de l'esprit. Le
surnaturel n'est pas un ajout optionnel (même s'il est au-dessus de
l'essence de l'homme), il est bien plutôt la trace de l'orientation
vers Dieu de tout le créé, l'histoire comme le monde. Et, comme le
surnaturel n'est pas strictement équivalent à la grâce, il ne relève
pas du seul argument de la gratuité (même s'il est au-dessus des
exigences humaines) et appartient à la doctrine de la création.
Cet ouvrage donne ainsi l'occasion de revenir sur une controverse
majeure de la théologie du XX<sup>e</sup> siècle qui, avec d'autres renouveaux,
a préparé le concile Vatican II.