Les beaux messieurs de Bois-Doré

George Sand (1804-1876)
Les Beaux messieurs de Bois-Doré
C'était une époque exaltée et sanguinaire où la
galanterie avait besoin d'un peu de férocité pour
s'élever a l'attachement romanesque, et Bois-Doré,
hors du combat, où il se portait vaillamment, était
d'une mansuétude révoltante...
Lorsqu'il vit ses cheveux blanchir et s'en aller, il
fit exprès le voyage de Paris pour se commander une
perruque chez le meilleur faiseur. Le perruquier lui
expliqua qu'il fallait mettre d'accord les cheveux, les
sourcils et la barbe, et il lui vendit la teinture. Mais
alors Bois-Doré se trouva si blême au milieu de ces
taches d'encre, qu'il fallut encore lui expliquer que le
fard était nécessaire.
Depuis ce jour, Bois-Doré porta perruque ;
sourcils, moustaches et barbe peints et cirés ;
badigeon sur le museau, rouge sur les joues, poudres
odorantes dans tous les plis de ses rides ; en outre,
essences et sachets de senteur sur toute sa personne :
si bien que, quand il sortait de sa chambre, on le
sentait jusque dans la basse-cour, et que, s'il passait
seulement devant le chenil, tous ses chiens courants
éternuaient et grimaçaient pendant une heure.
D'une drôlerie et d'un rocambolesque époustouflants, les Beaux messieurs de Bois-Doré est l'un des chef-d'oeuvres de George Sand.