Un fou dans l'art : confession d'un serial-collectionneur

La folie du «bipolaire» qu'avoue être l'auteur résonne
avec un écho particulier dans le microcosme de l'art.
Docteur Jean-Paul Mialet - Psychiatre
«En 2007, au cours de ma plus grave crise maniaque, j'ai calculé qu'en moins de deux
mois j'avais dépensé pour plus de quinze millions d'euros entre mes différents achats
d'oeuvres d'art et l'acquisition d'un terrain sur la mer. Et je n'inclus pas dans ce total les
sommes liées à mon train de vie de milliardaire. Le docteur Briand avait raison : j'étais un
"cas d'école". Je crois que jamais un maniaco-dépressif n'est allé aussi loin dans la démesure
et n'a autant trouvé à alimenter son délire de grandeur sans que personne puisse mettre
un terme à sa fuite éperdue en avant. Est-il fou de penser que je constitue, à mon corps
défendant, un cas unique, un paradigme de la psychose maniaco-dépressive ?»
Des folies de l'art contemporain...
Pendant plus de vingt ans, Jean Albou a côtoyé les géants de l'art contemporain.
Gestionnaire de fortune, il a réuni pour un client l'une des plus importantes collections
d'Europe. Dans le monde de l'art, sa notoriété était établie. Mais Jean Albou était aussi
secrètement bipolaire : il était maniaco-dépressif. Ses crises l'ont conduit à habiter un
monde irréel où les bouteilles de vin valent dix mille euros, les déjeuners trente mille
euros, où une montre coûte le prix d'une voiture, une maison celui d'un immeuble, où
les plus grands collectionneurs sont souvent des prédateurs, et où les mauvais tableaux
valent parfois plus cher que les chefs-d'oeuvre.
... Aux dérapages du monde des psys
Jean Albou a commencé à consulter dès l'âge de vingt ans. Il s'est heurté longtemps
à l'incompétence de nombreux psychiatres et à la dangerosité de certaines thérapies,
en particulier la psychanalyse. Jusqu'à quarante ans, aucun de ceux qui l'ont examiné
n'a été capable de poser le bon diagnostic.
Son récit fascinant d'une ascension vertigineuse - suivie d'une chute impitoyable et
solitaire - ne constitue pas seulement un témoignage unique sur le petit monde très
secret de l'art contemporain et des psys. Il procède aussi de la dénonciation ironique et
forte des excès sans fin d'une époque folle où la valeur de l'argent semble prévaloir.