Ça ne peut plus durer

On m'a amenée ici parce que je téléphonais
à des gens déjà morts. Parce qu'un dimanche
soir, j'ai mis la nappe, le couvert, pour
quatorze personnes et attendu, assise sur
une chaise de la salle à manger, que viennent
ceux que je n'avais pas invités. Parce que
dans la semaine et même parfois le dimanche,
je me promenais sur la lande en chaussons
et en tablier. On m'a même vue aux grandes
marées, sans précaution aucune, marcher
sous la pluie et tremper mes chaussons
aux premières vagues. Et alors ? Qu'est-ce
que cela prouve ?
En empruntant la voix et les attitudes
de Léontine, en adoptant les soubresauts
erratiques de sa pensée, Marie le Drian invente
un univers, une langue et une musique à
la fois drôles et bouleversantes, comme elle
l'avait déjà fait si brillamment dans Hôtel
maternel et La Cabane d'Hippolyte.