Au clair de la solitude

Seule dans sa chambre un matin pluvieux d'automne,
Colombine s'assoit à sa table décidée à attaquer bille en tête le sujet
le plus universel qui soit : qu'est-ce que la solitude ? Surtout pas
d'histoire ! Non plus dire : la solitude, c'est quand... Mais dans
solitude il y a tu. Et Jef surgit. Colombine se met à dialoguer avec
Jef. L'anatomie de la solitude prend un drôle de tour. La pensée
conceptuelle fout le camp, cède la place à des histoires, au récit
joyeux d'une rencontre érotique entre Colombine et Pierrot.
Quand la nuit tombe, le lecteur a fait, sur les ailes de la femme-oiseau
tendre et moqueuse, «anarchiste de la grâce», un voyage
au clair de la solitude. La vie heureuse aurait-elle à voir avec la
solitude ? Mais Jef. Jef existe-t-il ? Qui est Jef ?
«Claire Fourier a inventé un nouveau genre : la sensualité verbale. Chez
elle, le verbe devient sensuel alors que d'ordinaire il désensualise ; il le devient
non par référence aux sens, mais en inventant une sensualité sui generis , si j'ose
dire. Voilà ce qui me frappe : pas sensuel par description ou sensibilité sensuelle,
mais parce que le verbe prend chair : il souffle du sensuel au lieu d'être insufflé
de lui.» (Bernard Noël).