L'enfant caché

- ma mère était Catholique..., et moi..., il paraît que j'étais Juif ;
c'est la raison, la seule, qui m'obligeait à passer ces
«vacances» hors saison...
- notre départ brutal, nos tribulations ferroviaires nocturnes, la peur
dans les regards de mes parents, ballotaient mes douze
ans dans une aventure pleine de contrastes, de
découvertes «rocambolesques»...
- absorbé par les péripéties du présent, la nostalgie n'avait pas le
temps de s'installer...
- épuisé, transi, le slip et la jambe détrempés jusque dans la
galoche... : j'avais pissé dans mes culottes...
- le boche poursuivait sa marche implacable ; il allait faire un quart
de tour, sortir son révolver, et nous obliger à le suivre...
- la jolie dame du bordel «les Mimosas» m'avait offert «François
le Champis» pour quand je serai grand...
- et puis j'étais avec ma mère et mon chien..., et tous ces gens-là
étaient si gentils : je resterai avec eux... Toujours !...
- Lillette m'offrait machinalement ses «délicexécrables crottes de
seigle» moisies aux parfums de l'étable et de la rouille de
la boite...
- quand je voulais oublier la laideur des lieux et des gens, je
regardais mes pieds...
- des années après ce mal me réveilla ; longtemps j'eus
l'impression d'être maladroit..., à me faire douter
- nous avons erré, sans but, en rond, dans nos ruines...
- ah ! l'hôtel Lutétia... : c'est terrible..., terrible...
Il y a quelques mois, quand Paul nous a quitté, il m'a dit : «Je
suis sûr que je peux compter sur toi. ; après cinquante ans de
complicité, de connivence sur tout ou presque, tu sauras mieux me
raconter que je n'aurais su le faire ; ma mémoire s'est ouverte avec
une précision étonnante pour ceux que nous avons pu retrouver ; je
te laisse le soin de «lier la sauce» autour de ces ingrédients
majeurs... ; sans oublier ceux qui ont connu le pire, il faut aussi
qu'on connaisse ma «petite» histoire : il faut qu'ils sachent... !».