Les déportés en Isère. Vol. 2. Histoire des associations : la mémoire (1945-1995)

En mai et juin 1945, l'arrivée des premiers rescapés isérois des camps
de la mort nazis suscitent les interrogations des personnes présentes
sur le quai de la gare de Grenoble. Le département savait avoir
payé un lourd tribut à la guerre dans les combats pour la liberté. Mais le
retour des survivants déclenche une prise de conscience qui glace d'effroi
ceux qui n'avaient pas connu l'univers concentrationnaire : l'horreur a
atteint une gradation jamais connue et les déportés peinent à trouver les
mots pour se raconter et témoigner de la négation de l'homme, d'autant
que les populations se refusent à croire l'inacceptable.
Pourtant, la volonté de dire existe depuis 1945, et les actions de
mémoire portées par les associations d'anciens déportés le montrent.
Mais le sens donné à la construction et au dévoilement de la mémoire
de la déportation évolue. D'abord conçu comme une mission testimoniale
incontournable, le devoir de mémoire devient une mission
éducative pour transmettre aux générations en devenir, et à l'homme
tout simplement.
Dans ces actions, l'empreinte associative montre une compréhension et
une action ordonnée en différentes strates. Le devoir de mémoire est
constructeur d'une mémoire, élément de justice, source d'oppositions
politiques.