Le funambule au pied bot

Par un sonnet de forme parfaite (il fait penser à celui d'Arvers), Nadège
Robert, adolescente poétiquement très douée, nous propose en liminaire
une approche symbolique de ce livre hors sens commun.
Ainsi commence «un grand opéra», dans les oppositions de l'immense et
de l'exigu, du destin et de la liberté...
Entre le nul «n'importe quoi» et l'asservissement logique s'insère
le «tiers inclus», ce troisième terme «ni ceci ni cela mais...» qui
enrichit la connaissance. Car, mouvement Dada dépassé, «l'homme
approximatif» se consume sans modération.
Il faut alors à cet auteur risque-tout une autre espèce de rigueur. Et il sait
bien que l'efficace est apporté par l'union de l'alexandrin et du quatrain.
Élégiaques et méditants y ont toujours eu recours. Sur ses bases éprouvées,
fermes mais modulables, on s'apercevra que les alexandrins sont,
ici, tous sécables en hémistiches, et bien clos par la rime (Vade retro Victor
Hugo !). Et que les couples si improbables - apparemment - sont unis par
une marieuse immatérielle nommée césure. C'est en ce lieu proprement
«utopique» que le scandale des liaisons, sulfureuses et autres, arrivent...
On peut d'ailleurs s'essayer à d'autres liaisons d'hémistiches à la place
de l'auteur (qui ne nous y invite pas mais s'y attend). Mais il faut posséder
le fluide, l'inspiration par l'ange du bizarre, le bocal brachycéphale,
et la baraka...
Gérard Murail