Le sourire du Tiki

C'était il y a longtemps. Enfin, pas tellement. Et d'ailleurs, cette nuit-là, était-ce bien la lune ? Sur l'instant, il en avait douté. Cette lame écarlate qui enflait, qui boursouflait la mer, là-bas, loin, à l'horizon. Une sorte de gonflement enflammé qu'accouchait la terre sur son grand océan. Comme pour se libérer d'on ne sait quelle puissante force.
Autour du rayon lumineux, à l'ampleur augmentée par les mouvements chaotiques du bateau, la mer s'agitait pour dégager cette lueur rougeâtre qui allait la parer. Sur une crête de vague plus forte, le sommet de la boule lumineuse parut. Sans aucun doute, c'était la lune.
Un pont de pierres blanches
Aux Marquises, certains tiki, comme celui de la vallée de Taaoa ou encore à Punae, sur la côte sud de Hiva Oa, arborent un étrange sourire figé dans la pierre. Ceux qui peuplèrent la "Terre des Hommes", puis toutes les îles du triangle polynésien, tenaient-ils à ce que ces sculptures gardent un relatif détachement par rapport aux événements et y portent un regard distant mais amusé ? Influencés par cet éternel et inhabituel "sourire du tiki", les auteurs ont voulu faire partager quelques récits qui se déroulent principalement au "Fenua Enata", la "Terre des Hommes", mais également dans les îles et les atolls de Polynésie.
Au Vent des îles, février 2001