Histoire de la médecine arabe en Tunisie durant dix siècles

On a soutenu que la médecine arabe a puisé ses éléments
dans la médecine grecque. Cela est vrai : une science ou
une civilisation ne naissent pas du néant. La médecine
arabe n'était pas l'oeuvre des Arabes seulement ; c'est
une oeuvre collective de Persans, d'Andalous, d'Arabes,
d'Ifriqiyens... etc. Elle n'est pas sacerdotale. Comme
toutes les sciences, elle est laïque. Ce qui unit tous ses
auteurs, c'est la langue arabe.
Certains ont prétendu que la langue arabe est une langue morte, comme le
grec ou le latin. Cela est faux. La preuve en est qu'elle ne cesse de croître, de
s'enrichir continuellement de termes nouveaux tirés de ses propres racines.
Son vocabulaire est riche, il recouvre toutes les branches de l'activité
littéraire, artisanale, administrative, maritime, agraire... etc. Sa grammaire,
inspirée et codifiée à partir du Coran , est devenue universelle sur tout le
territoire de l'Empire arabe. La langue arabe a été et reste le ciment entre tous
les peuples musulmans, quelle que soit leur nationalité. Ceux qui la dénigrent
sont ceux qui l'ignorent. Ils en ignorent la richesse, la finesse, la beauté.
La médecine arabe en Tunisie s'est épanouie pendant une période de cent
cinquante ans, entre les IV<sup>e</sup> et V<sup>e</sup> siècles de l'hégire, à Kairouan. Ce fut l'âge
de l'école kairouanaise de médecine, son «âge d'or». Il en fut de même à
Tunis pendant deux cents ans, l'époque de la renaissance de la médecine,
c'est-à-dire de l'école sicilienne. Le siècle suivant eut lieu la tentative du
renouveau et l'influence de la médecine européenne et je l'appelle l'école
tunisienne. Tout ce qui se situe en dehors de ces périodes ne fut que
stagnation.
Ce sont ces données qui éclaireront les différentes parties de cet ouvrage,
dans lequel j'étudierai, à tour de rôle, les périodes d'épanouissement et de
régression. Cette méthode nous paraît plus proche que d'autres de la logique
et de la justesse.
Ahmed ben Miled.