La langue confisquée : lire Victor Klemperer aujourd'hui

La langue confisquée
Tout au long du règne de Hitler, Victor Klemperer, un professeur d'université juif désormais condamné à vivre reclus, prend note, dans son Journal, des graves distorsions infligées à la langue allemande par le nazisme. Les enseignants sont désormais soumis à une « révision nationale et politique » - comme les voitures. On parle de « système » pour désigner le régime de Weimar, vilipendé en tant que régime parlementaire et démocratique « enjuivé ». Quant à l'adjectif « fanatique », il passe du registre péjoratif au registre laudatif.
Klemperer assiste à une sorte d'inversion sémantique généralisée, dont il consigne chaque manifestation. Il en tirera LTI, la langue du III<sup>e</sup> Reich , grand livre sur la manipulation de la langue par l'idéologie.
La Langue confisquée restitue sa démarche, ce geste critique qui aide à comprendre comment on adhère à un langage, quel qu'il soit, et à l'idéologie qu'il sous-tend. La langue est un révélateur. Elle ne ment jamais : c'est elle, toujours, qui dit la vérité de son temps.
Lisant Klemperer, c'est aussi notre temps que Frédéric Joly interroge, un temps de repli identitaire et de « post-vérité », propice à d'inquiétantes résurgences sémantiques, où se voit brouillée la distinction essentielle entre le vrai et le faux.