L'illusionnisme, une réalité du discours politique

Or un jour, interrogeant sur les sondages, le sondeur s'enquiert
: - « Êtes-vous opposé aux sondages ? » - « Sans
aucun doute » lui est-il répondu. « Vous refuseriez donc de
vous soumettre à un sondage ?» « Je refuserais en effet »
persiste le sondé. Le voici coincé et ignorant qu'il l'est car en
répondant, il satisfait, même par la négative, à la demande à
laquelle il s'est, dans le même temps, déclaré irréductiblement
hostile.
Comment s'expliquer que le visible ne nous soit pas
immédiatement perceptible ? Par quel artifice nous l'a-t-on
ou se l'est-on dissimulé ? D'où nous vient cette impuissance
à réagir à la malice de la question qui nous est faite ? Qu'observant
le paysage par la fenêtre du compartiment, nous
ignorions la vitre que traverse le regard ?
Il en est ainsi du discours d'influence dans les médias,
notamment télévisuels, arme privilégiée du personnel politique
qui s'y livre sans modération. Mais peu certain de
convaincre ni persuader par le seul énoncé de sa vérité, il use
de formes qui sont celles d'une rhétorique simple mais efficace.
Tout est alors dans la forme. Les «cibles», téléspectateurs
et auditeurs, peu entraînés à ces usages pressentent bien
quelques manoeuvres dont ils savent faire les frais tôt ou tard
tout en se sachant bien incapables d'apercevoir, au-delà de
formes pleines, le vide des contenus. Le présent ouvrage se
propose d'apporter un éclairage (sans doute bien modeste),
aux perplexités qui en résultent et de tracer quelques pistes
de refus aux renoncements humainement explicables.