Le monde-musique. Vol. 2. Le monde-musique et son solfège

Le monde - Musique
Comment comprendre que la musique puisse constituer un monde à part (ce qui n'est pas dire un espace autarcique), un monde qu'on nommera monde- Musique , un monde fait de morceaux de musique plutôt que de musiciens, un monde où l'existence se concentre dans des morceaux singuliers qu'on appellera oeuvres , un monde dont l'intensité sensible relève de l'écoute , un monde dont l'autonomie relative procède d'une logique originale (le solfège), un monde que les musiciens ne cessent de visiter pour y prêter leur corps en jouant sans parler, un monde apte à résonner/raisonner avec un environnement non musical ?
Répondre, avec la rigueur requise, à ces questions nécessitera quatre tomes : successivement une théorie de l'écoute musicale à l'oeuvre (I), une théorie de la logique d'écriture légitimant qu'on parle ici d'un « monde » musical (II), une théorie de cette discursivité langagière propre au musicien qu'on nommera intellectualité musicale (III), une théorie de ces rapports du monde- Musique avec son environnement qu'on nommera raisonances (IV).
II. Le monde- Musique et son solfège
La musique vit d'un grand écart : d'un côté art de l'écoute (I), elle est l'emblème - avec la poésie - du sensible « concret » qui ravit ; de l'autre, discipline de l'écriture (II), elle est l'emblème - avec la mathématique -de l'intelligible « abstrait » qui se déchiffre. Et c'est cette tension vivifiante qui rend la musique capable de faire monde propre.
On théorisera le monde- Musique - à la lumière de la mathématique (Grothendieck) et à l'ombre de la philosophie (Badiou) - en soutenant que son coeur logique est cette écriture spécifiquement musicale - le solfège - déjà millénaire. Ce faisant, il s'agira donc de tirer toute conséquence du fait que la musique est le seul art à s'être jamais doté de sa propre écriture.
En quel sens entendre une telle existence du « monde- Musique » ? Quels en sont les acteurs et les corps, les opérations et les instruments, la logique et les frontières, les relations et les processus ? À quelles conditions ce monde ne deviendra-t-il pas submergé, au XXI<sup>e</sup> siècle, par l'inflation numérique et sonore ?