Suicide sûtra

Littéralement stupéfiante , la poésie de John Giorno
contamine le lecteur telle une substance toxique, tour à
tour narcotique et euphorisante.
La répétition qui caractérise la poésie de John Giorno est
enracinée dans la nature même du langage, ou de la
représentation symbolique qui est véritablement
concernée non par la communication, mais par
l'orientation du temps. Vous vous réveillez. Vous devez
aller à la banque. Combien de fois allez-vous vous
répéter tandis que vous vous apprêtez à vous rendre à la
banque : «Je dois aller à la banque aller à la banque la
banque la banque...» Comme si vous ne pouviez pas
aller à la banque sans répéter sempiternellement votre
intention d'y aller. Et le public reconnaît cette répétition
apparemment dépourvue de sens comme faisant partie
intégrante du processus mental de chacun de ses
membres. Oui nos esprits résonnent bien de cette façon.
Et la reconnaissance explicite de ce fait entraîne un
sentiment de libération.