Claude Favre de Vaugelas : mousquetaire de la langue française, 1585-1650

Si la parole est le propre de l'humain, alors le «bien dire» et le beau langage
doivent être la meilleure expression de l'homme civilisé. Tout jeune,
Vaugelas, déjà fasciné par la langue française, le fut tout autant par la qualité
du langage telle que la prônait François de Sales : «Dites merveilles et
les dites mal et ce n'est rien ; dites peu et le dites bien, et c'est beaucoup !».
Alors ce gentilhomme savoyard émigré à Paris, dans les débuts du
XVII<sup>e</sup> siècle, voulut obstinément convaincre les Français de bien parler
leur langue. Encore fallait-il pouvoir survivre dans la pauvreté, et encore
gagner l'estime et la confiance de cette bonne société du temps par sa seule
vertu, en s'acharnant à bien servir, bien parler, bien écrire. Fils du président
Favre, jurisconsulte réputé, il est vrai que Claude Favre était da fina
casa et qu'à Paris il côtoyait les Grands. Il est vrai aussi que ce beau cavalier,
qui adorait - respectueusement - les dames, ne passait pas inaperçu
dans les salons. Il était même, comme le rappelle Molière dans Les
Femmes savantes , la référence du beau langage et, dans son sillage, on
s'appliquait à «parler Vaugelas». Son livre modestement intitulé
Remarques sur la langue française fit bientôt autorité, avec la caution de
l'Académie française, bien aise d'avoir en lui à peu de frais l'essentiel de sa
crédibilité, et par le dictionnaire dont il avait la charge, le meilleur instrument
de sa raison d'être. Lui pourtant ne «faisait jamais le maître» mais
les plus grands auteurs du temps se référaient à ses travaux. Ainsi devint-il
définitivement le meilleur artisan de la normalisation de notre langue
classique, d'où le français moderne est très largement issu.
Sa vie pourtant ne connut pas que les écritures et les salons. Elle ne fut pas
privée d'aventures à travers l'Europe, aux côtés de Gaston d'Orléans qu'il
suivait comme son ombre, étant chambellan de celui qui fut longtemps
l'héritier présomptif du trône de France. Il eut de bons amis et de moins
bons, mais il semble bien qu'il n'eut qu'un seul et grand amour. Pour
n'avoir pas accepté de devenir à Turin précepteur du jeune duc de Savoie,
il devint à Paris celui de ses cousins, les Savoie-Carignan chez lesquels, en
hôtel de Soissons, il s'éteignit en 1650, près de l'église Saint-Eustache où
Louis XIV venait de faire sa première communion.