D'où venez-vous ?

Depuis dix jours, déjà, il roule au travers des forêts de pins
odorants auxquels s'ajoutent de plus en plus souvent des bouleaux
aux troncs blancs.
Philippe ressent un plaisir extrême à écouter vivre sa forêt ;
le craquement des branches, le vent qui fait frémir la cime des
arbres, le grand silence entrecoupé de cris d'oiseaux. Tiens... un
renard polaire, à demi-blanc, qui n'a pas fini sa mue veut traverser
sa route de terre ocre-pâle. Finalement, il la longe.
Sur son vélo, il pense que dans deux jours il n'y aura plus de
forêt et qu'il faut en profiter. Il aura quitté la taïga pour la toundra
avec ses rochers affleurants, ses petites mares entourées de
quelques bouleaux rachitiques.
Il entrera dans ce désert du Nord, silencieux, où l'homme ne
vit quasiment plus et où les animaux les plus nombreux sont les
moustiques.
Il n'y aura plus les repères que l'on trouve dans les forêts. Il
sera seul face à lui-même au milieu d'immenses étendues presque
plates avec pour compagnon un soleil parfois généreux. Il va
traverser, quelques jours, ces paysages magnifiques et désolés,
comme le renne migrateur à la recherche de quelque nourriture. Il
va se retrouver partie intégrante de ces paysages grandioses qui se
dépêchent de vivre avant le retour du long hiver polaire.
Qui est donc ce Philippe qui traverse ces étendues sans repère,
sans magasin, sans bruit de fond ?