Les Tsiganes en France : un sort à part (1939-1946)

A l'automne 1940, les Tsiganes de France furent
rassemblés pour être transférés dans une trentaine de camps
gérés par Vichy. Ces Français de souche parfois ancienne
(certains sont arrivés au XV<sup>e</sup> siècle), quelquefois sédentaires
mais le plus souvent nomades, étaient fichés depuis 1912 et
tenus par la loi de faire valider leurs «carnets anthropométriques»
auprès des gendarmeries : des fichages préalables
qui facilitèrent leur internement.
Ainsi le sort des Tsiganes en France fut particulier, différent
de celui qui fut fait aux Juifs déportés dans les camps
de concentration et d'extermination et aux Tsiganes d'Europe.
En mettant en lumière cette page ignorée de notre histoire,
Marie-Christine Hubert et Emmanuel Filhol ont réalisé ici
un travail inédit, souvent émouvant, grâce aux témoignages
qu'ils ont retrouvés dans les archives, mais aussi auprès de
survivants.
Cette histoire tragique croise celle de la Seconde Guerre
mondiale avec son cortège d'horreurs - abandonnés dans
leurs camps, les Tsiganes vont vivre dans des conditions
misérables et ne seront libérés qu'en 1946 -, mais elle
puise aussi ses sources aux fondements de la Troisième
République : une république fortement attachée à façonner
un citoyen français à ses normes - laïc, sédentaire,
éduqué - aux antipodes d'une culture orale, nomade, et...
différente.