L'identité aban-donnée : essai sur la phénoménologie de la souffrance

L'identité aban-donnée : essai sur la phénoménologie de la souffrance

L'identité aban-donnée : essai sur la phénoménologie de la souffrance
Éditeur: L'Harmattan
2011325 pagesISBN 9782296555983
Format: BrochéLangue : Français

Souffrir veut dire avoir mal. Mal dans son corps, mal dans son intimité,

mal dans son être, mal d'être. Mal dans sa vie, mal de sa vie, mal de vivre

jusqu'à souffrir du fait même de vivre, du fait même d'habiter son propre

monde. Or, quand l'identité n'habite plus son propre monde, il n'y a plus

pour elle de distinction entre l'ordinaire et l'insolite. Toutes les moeurs

sont, de son point de vue, des «pré-jugés», des «jugements» portant sur

ce qui se passe et ce qui doit se passer, verdicts rendus avant qu'ils ne

surviennent. L'identité se trouve déjà condamnée par la société et par le

monde avant d'en faire partie ; elle est l'étranger condamné à ne pas être

accueilli, condamné avant d'être accueilli. Quand elle ne connaît pas sa

place, elle ne sait pas non plus envers qui elle a des obligations et, par le fait

même, elle se sent exclue du monde sans savoir à quoi elle est obligée.

Cette exclusion clive l'identité et se transforme en mauvaise conscience,

en culpabilité et en effroi qui impose une dif-férence insurmontable entre

l'étranger condamné, déjà, avant son accueil et le «lieu» supposé être un

lieu d'accueil et qui devient un «lieu» de condamnation, un vertige de

jugement, un traumatisme de l'«étranger», un désastre sans «lieu» et sans

«visage». L'identité souffrante cherche un remède contre le vertige, la

«rédemption» par l'entrée dans le monde. Mais la gratuité ne suffit plus

pour entrer dans le monde ambiant ; il y a un prix à payer : aban-donner

son identité.

L'identité aban-donnée réclame son entrée dans le monde, et elle exige

d'être reconnue comme en faisant partie pour être comme tout le monde,

un organe mondain, une invasion anonyme. L'identité aban-donnée n'est

plus «enfermée dehors», dans le monde, mais «enfermée dedans»,

enfermée dans sa propre intimité, son «chez-soi», le «lieu» où elle est

accueillie et condamnée, en même temps. Elle est accueillie pour être

condamnée quotidiennement et de nouveau, ratée, bien que d'une seule et

même manière.

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