Rester dépendant des institutions médicosociales

Lorsqu'on devient toxicodépendant et donc peu attractif sur le
marché de l'emploi, une dépendance de longue durée vis-à-vis des
organisations médicosociales apparaît inévitable. Alors, sans pouvoir
compter sur l'affranchissement, autrefois finalité de l'intervention
sociale, que peuvent encore espérer les usagers et les professionnels qui
les encadrent ?
Privilégiant une perspective temporelle, l'auteure a examiné les
prises en charge de longue durée au moyen d'une enquête auprès d'usagers
et de leurs intervenants, dans diverses organisations médico-sociales
de Suisse romande. De cette analyse a émergé un concept nouveau,
«le rester», sur fond d'une urgence devenue chronique et d'un
séparatisme social devenu viable et sensé. Le rester englobe à la fois un
projet par défaut et des formes d'organisations socio-temporelles et
relationnelles que les acteurs créent dans l'anticipation d'un statut qui
va inévitablement perdurer.
Si le mieux-être retrouvé des usagers ne posant plus de problèmes
majeurs est confirmé, les résultats interpellent du fait de la normalisation
d'un monde social à part et de l'abandon de l'espoir d'un affranchissement
auparavant moteur des actions. Il ne s'agit pas de la mise en
question de la politique innovatrice des quatre piliers en matière de stupéfiants
mais de la fragilisation des ponts reliant un champ particulier
d'intervention à la société conventionnelle dont l'accès est loin d'être
garanti pour les plus fragiles.