Revue germanique internationale, n° 12. La fabrique internationale de la science : les congrès scientifiques de 1865 à 1945

Au XIX<sup>e</sup> siècle se développèrent de nouveaux lieux de savoirs :
les congrès scientifiques internationaux. Entre 1850 et 1950, véritables
fabriques internationales de la science, ils font événement bien au-delà
des cercles savants. Placés sous le patronage de grandes personnalités
politiques, ils investissent les villes organisatrices et font la une des
journaux, a fortiori lorsqu'ils sont couplés à l'organisation d'expositions
universelles.
Les congrès scientifiques internationaux offrent un bon observatoire
de la construction de la science à l'échelle internationale. Dans un contexte
de spécialisation et de disciplinarisation croissantes des domaines
scientifiques, leur organisation pose des questions cruciales touchant à la
délimitation et la structuration du champ concerné. Ils favorisèrent ainsi
la standardisation d'outils disciplinaires, la reconnaissance de nouvelles
théories, la mise en place de projets internationaux ou l'émergence de
nouvelles disciplines.
Mais les congrès témoignent aussi de la plasticité de pratiques
scientifiques qui se comprennent tantôt comme nationales, tantôt
comme universelles. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, l'Allemagne,
principale puissance scientifique, cristallise les rivalités. Le boycott dont
elle fera l'objet dans les réunions scientifiques de l'Entre-deux-guerres
révèle l'incidence du politique dans l'organisation des congrès. L'idéal
d'universalisme scientifique est en outre mis à mal par l'absence quasi
complète de l'Asie, de l'Amérique du Sud, de l'Afrique et de l'Océanie.