Maurice Deslandres et le droit constitutionnel : un itinéraire

Maurice Deslandres appartient à la même génération que
Duguit, Gény, Hauriou ou Carré de Malberg. Pourtant son
oeuvre n'aura jamais le même impact sur la doctrine de son temps,
ni la même postérité, que celle de ces illustres professeurs. Ses travaux
d'historien des constitutions auraient éclipsé ses plans de réforme de
l'État. Il est vrai que la densité théorique y fait parfois défaut. Malgré
tout, combler cet angle mort de notre historiographie juridique
s'impose pour au moins trois raisons.
D'abord parce que Deslandres aborde cette discipline
constitutionnelle en gestation avec une méthode singulière. Ensuite
parce que le professeur de Dijon a mis en valeur des thématiques
encore discutées aujourd'hui : la dimension sociale du droit, la participation
populaire directe aux affaires de la cité, le renouvellement de
la représentation, la primauté du pouvoir exécutif en régime
parlementaire, etc. Enfin, parce qu'il apparaît comme une figure
centrale de la pensée constitutionnelle du catholicisme social, un
courant de réflexion négligé, pourtant très influent sous les III<sup>e</sup> et
IV<sup>e</sup> Républiques, y compris en 1958.