Les maîtres soufis et leurs disciples : IIIe-Ve siècles de l'hégire (IXe-XIe s.) : enseignement, formation et transmission

Les textes publiés dans le présent volume représentent une
contribution aux débats portant sur l'origine de la mystique en terre
d'islam, en particulier du soufisme, et sur son évolution lors des
premiers siècles de l'ère hégirienne. La difficulté de l'approche est
double : celle de comprendre des origines par nature éloignées et
imprécises, et celle d'aborder un phénomène personnel et fuyant
comme l'est la mystique. Cette question des origines demande une
relecture des textes les plus anciens et une prise de distance par
rapport aux idées reçues tant dans la tradition musulmane que dans
les milieux universitaires. Il s'agit de savoir comment sont apparus
au fil des siècles des hommes et des femmes considérés comme des
Maîtres et comment le rapport entre eux et ceux qui sollicitaient leur
enseignement et leur compagnie s'est établi et formalisé. Les enjeux
sont essentiels : ils touchent à la définition de l'autorité religieuse,
à la légitimation de l'entreprise mystique et à la validité et à la
reconnaissance de son discours.
Le choix de cette thématique - le rapport entre Maîtres et
disciples - permet d'aborder les questions de l'enseignement, de
la formation et de la transmission de l'expérience mystique. C'est
précisément autour de l'exercice et de la nature de ce rapport que se
construiront tous les groupes mystiques musulmans, soufis ou non.
Mais il nous entraine au coeur d'un paradoxe : l'expérience mystique
n'est-elle pas en effet, par définition, personnelle, non reproductible
à l'identique et, partant, intransmissible ?