Ma chère petite âme : lettres de Martin Heidegger à sa femme Elfriede, 1915-1970

Ma chère petite âme : lettres de Martin Heidegger à sa femme Elfriede, 1915-1970

Ma chère petite âme : lettres de Martin Heidegger à sa femme Elfriede, 1915-1970
Éditeur: Seuil
2007524 pagesISBN 9782020862615
Format: BrochéLangue : Français

«Ma chère petite âme» : c'est ainsi que très souvent Martin

Heidegger commence les lettres qu'il écrit à sa femme Elfride.

Ce volume, édité par leur petite-fille Gertrud, contient un

septième environ des quelque mille lettres et cartes écrites

entre 1915 et 1970 - dont toutes celles conservées entre 1933

et 1938 - avec de brèves notes factuelles permettant de les

situer. Compte tenu du cours des choses en France («affaire

Heidegger»), il se pourrait que nombre de lecteurs entrent

dans cette correspondance armés d'une unique question,

dans le genre : «Voyons s'il y a là-dedans du nazisme et de

l'antisémitisme.» Cette entrée s'avérera décevante. Car la

vraie question, tout à fait portée par la vie du couple telle que

ces lettres nous la montrent, est la suivante : Heidegger est

certainement un grand philosophe, qui a été aussi, et en

même temps, un nazi très ordinaire. C'est comme ça. Que la

philosophie s'en débrouille !

Cette correspondance permet d'accompagner de l'intérieur,

sur la longue durée, les intérêts de pensée et les sources

d'inspiration. Mais la nouveauté la plus éclatante est d'ordre

biographique, voire existentiel. Heidegger/Elfride, un couple

de l'époque existentialiste ? On est frappé par l'élégance avec

laquelle Heidegger accepte le fils adultérin Hermann, dont la

brève postface ici même est de l'ordre du coming out. Pour

qui, comme Nietzsche, est convaincu qu'en définitive une

philosophie est la biographie de son auteur, le portrait de lui-même

que Heidegger dessine pour son épouse est clairement

déchiffrable comme un éclaircissement des procédures de

sa pensée. C'est bien à l'image d'une province catholique

allemande et d'un chalet de montagne qu'il faut se représenter

l'originel, la patrie, l'accueil ou le lieu. C'est bien à l'image

d'Elfride qu'il faut se représenter la sainteté latente de l'autre.

Et, inversement, on lit dans le recteur excité, l'intrigant

des commissions académiques, le mari dont les infidélités

incessantes trament la fidélité, quelque chose qui excède

absolument leur apparence, qui les noue de façon intime et

puissante à une pensée neuve.

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