Le carnet de Nicolaï

Je viens de reprendre mon petit cheval. Du grenier où
je l'ai récupéré, il est venu s'établir dans la pièce qui me
sert de bureau et de musée. La queue que j'ai recollée vaille
que vaille s'est à nouveau écroulée. La plaie est plus béante
que jamais. Pour la première fois, je remarque le ventre de
l'animal, bourré de journaux et de papiers. Surprise : des
lettres, des notes, même une photo protégée par un emballage
jauni. Depuis quand tout ce fatras d'écrits sommeille-t-il
dans ce tabernacle insolite ? S'agit-il simplement de feuilles
anciennes bourrées là pour renforcer le corps cartonné du
jouet ? Ou de documents sciemment dissimulés ? Je dispose
le tout sur la table du salon. Une part de ma vie est prête
à basculer.
Avec ces lettres et le journal du jeune Nicolaï, le narrateur
va reconstituer un puzzle inattendu où les secrets de famille
s'entremèlent à un épisode occulté de la première guerre mondiale.
L'histoire officielle fait en effet rarement mention de ces vingt
mille soldats russes envoyés par le tsar en 1916 pour combattre
aux côtés de l'armée française ; encore moins du sort qui leur fut
réservé au camp de La Courtine en 1917.