Revue du MAUSS, n° 46. L'esprit du sport : entre jeu, don et démesure

Parce qu'il accepte la réversibilité
(«les gagnants seront les perdants»)
l'esprit du sport confine à l'esprit du don
et du jeu ( cf. Mauss n° 45). C'est pour autant que
l'autre, le rival - soi-même parfois - pousse à se
surpasser qu'il permet d'accéder à un état de
grâce et qu'on devient pour cela son ami. Grâce
à la part de jeu qui en est indissociable, le sport
s'apparente au don et suscite un adonnement
partagé.
Mais, on le voit chaque jour, le sport est
aussi le vecteur de toutes les démesures, de
toutes les tricheries et de toutes les corruptions.
Pour analyser ces tensions, ce numéro
(co-construit avec les acteurs de l'Agence pour
l'éducation par le sport, qui coordonne des
centaines d'associations) pense le sport dans son
rapport au don. Et à ses dérives. Dans une société
où les repères moraux, religieux ou civiques
traditionnels se brouillent, le sport, l'éducation
par le sport ne restent-ils pas les meilleurs et les
plus sûrs ferments d'une éducation morale
réussie, d'une formation à l'obligation de donner,
recevoir et rendre dans laquelle M. Mauss voyait
«le roc de la morale éternelle» ?