Le résident

Si les comportements du personnel affecté à l'étranger suscitent parfois la curiosité,
Bernard Soyer s'attarde plus volontiers sur l'attitude des visiteurs de passage, qui en
quelques jours voire quelques heures de séjour, ont inévitablement tout vu et tout
compris. Magnanimes, ils s'autorisent toujours à donner une petite leçon au pauvre
expatrié qu'ils viennent visiter ; celui-ci ne peut être qu'une âme simple, un homme
dépourvu de jugement. On lui détaille donc les aspects du pays où il vit et qui lui ont
certainement échappé. En outre le résident à l'étranger est atteint d'une maladie
incurable, celle de ne pas vouloir revenir au siège, signe d'un manque d'ambition,
puisqu'un cadre responsable ne s'expatrie pas ou pas longtemps, et pour cause : hors
du siège, point de salut, et surtout point de carrière. Le pauvre expatrié redoute aussi
les affres du retour, aspect connu et reconnu de l'expatriation depuis toujours, sans
que rien ne soit jamais entrepris pour y apporter un début de solution.