Les Etats-Unis face aux révolutions : de la Révolution française à la victoire de Mao en Chine

La relation pour le moins ambiguë entre les États-Unis et les
révolutions paraît au premier abord défier la compréhension.
Pour commencer, pays né d'une guerre d'indépendance longtemps
assimilée à une révolution, ils ont peu à peu acquis
l'image d'une puissance conservatrice, éprise d'ordre, voire
obsédée de stabilité, celle de «supporter néo-metternichien» de
tout dictateur de droite du 20<sup>e</sup> siècle. Il est vrai, et leur attitude
récente face au Kirghizistan, l'Ukraine ou la Géorgie vient le
démontrer, que leur attitude ne saurait être caricaturée : ils ne se
sont jamais opposés aux révolutions en elles-mêmes mais à leur
déviance éventuelle par rapport à la leur qu'ils ont très vite érigée
en modèle.
L'attachement des Américains au concept de révolution ne
saurait être minimisé. En effet, leur révolution est la seule composante
de leur histoire qu'ils n'aient jamais, à un moment ou à
un autre, répudiée. Tout au long du XIX<sup>e</sup> siècle, la révolution
s'est affirmée comme le ciment même de la nation, un ciment
qui, d'une certaine façon, après avoir été fissuré par la guerre de
Sécession a été définitivement consolidé par la victoire de
l'Union.
Mieux, bien loin d'être assimilés à des adversaires de la
révolution ou à des champions de la stabilité, les États-Unis ont
plutôt eu la réputation auprès des dirigeants des vieilles nations
d'un pays excessivement prompt à manifester sinon son soutien
du moins sa sympathie aux mouvements, rébellions, insurrections
ayant pour objectif le renversement des autocraties et le
triomphe des libertés et de la démocratie.