Un athéisme philosophique à l'Age classique : le Theophrastus redivivus, 1659

Le Theophrastus redivivus , volumineux traité clandestin et
anonyme rédigé en 1659, témoigne non seulement que l'athéisme
existe au XVII<sup>e</sup> siècle, mais qu'il peut être une position
philosophique à part entière. Sans citer ses contemporains, en se
fondant essentiellement sur Aristote - le plus souvent à travers
Pomponazzi - Épicure et les cyniques, il nie explicitement
l'existence des dieux (traité I), la création du monde (traité II),
l'immortalité de l'âme et l'existence des Enfers, du Paradis, des
anges et des démons (traité IV), dénonce la fausseté des religions
(traité III) et prône une morale naturelle (traité VI). En forgeant
une méthode de lecture fondée sur l'analyse précise du texte et de
sa structure, nous avons pu montrer que celui-ci n'est pas un pur
collage de citations tirées de l'Antiquité et de la Renaissance
italienne mais qu'il présente une argumentation rendue cohérente
par la «raison véritable et naturelle» et même un système
matérialiste complet : canonique, physique, morale.
Se dessine aussi l'idée d'une politique fondée sur un droit
naturel individuel. Sur le plan ontologique le Theophrastus nous
apporte un nouvel éclairage de l'histoire des idées : son
naturalisme dynamique qui hérite de l'aristotélisme padouan tout
en rompant avec l'animisme et le panthéisme de la Renaissance
annonce celui de Spinoza. La modernité peut donc être
indépendante de Descartes et de la physique moderne.