Parmiggiani, Carte nere

L'ombre traverse l'ensemble de l'oeuvre de Claudio Parmiggiani
comme une énigme insistante, une combustion sans fin. A travers
le feu, la flamme, le charbon, il n'a cessé de poursuivre cet alter
ego où tout s'est consumé. L'ombre ici est un corps noir : une chair
de ténèbres, un abîme de silence. Elle est matière, un songe qui
habite le réel et lutte avec lui. Les seize très grands dessins qui
composent Carte nere sont faits de cette étreinte, sans autre outil
que la main. Nous sommes aux racines de l'humanité, en proie avec
le doute profond qui déchire tout l'être. La suite que forment ces
dessins, commencée en 1996 et publiée ici pour la première fois, est
le récit de cette guerre civile qui calcine en secret les hommes,
comme ces saules dont le coeur a été livré aux flammes. Seize états
de l'âme, seize miroirs tendus, construisent un labyrinthe de glaces
où le spectateur retrouve, en tête à tête, sa part d'ombre.