L'Exposition coloniale

Je m'appelle Gabriel.
Je suis né en 1883 à Levallois, capitale des
chevaux. Louis était mon père, très gourmand
de mariages. Moi, depuis plus d'un demi-siècle,
j'aime deux soeurs : Clara, la longue, photographe
de shtetls, et Ann, la blonde, une femme
d'affaires qui ne se donne que debout.
Grâce à elles, ma vie aura ressemblé à une
exposition coloniale : un faux empire, des rêves
trop grands, un spectacle pour les familles...
Grâce à elles, j'aurai connu l'Amazonie, Belem
do Para, le positivisme, le port de Londres, la
course automobile, la vie secrète de Clermont-Ferrand,
les belles amies de Freud, le visage
hideux du Vélodrome d'hiver, la vieille Hué,
capitale des tombeaux... Et tant d'autres curiosités.
Ann et Clara m'auront appris des vérités insoupçonnées,
par exemple que le caoutchouc
ressemble à la démocratie, il évite les guerres
civiles entre les choses, que sans les bicyclettes
jamais nous n'aurions perdu Dien Bien Phu, ou
que les chagrins d'amour sont plus doux dans la
jungle...