Contes populaires de la Gascogne

Toute nation, prise à chaque moment de son existence,
offre un courant d'idées qui entraîne les penseurs de second
ordre. Attentifs à percevoir tous les murmures, à s'assimiler
toutes les émanations intellectuelles qui bruissent ou s'élèvent
autour d'eux, ils se font une propriété personnelle des
pensées qui sont un peu à tout le monde ; ils les traduisent
sous le titre de chronique ou de roman, de dissertation
ou de poème ; ils donnent aux opinions un peu vagues
de leur temps la netteté, l'élégance du style ; toutes les
conditions nécessaires, en un mot, pour qu'elles se généralisent
dans les esprits s'y établissent et s'y développent...
Gertains d'entre eux même ne prennent à la tradition que
des oeuvres toutes faites, auxquelles le peuple a imposé la
forme précise, arrêtée, du proverbe, de l'apologue, du conte,
et qui jouissent déjà de la sanction de la popularité. Ces
modestes compilateurs réunissent ces productions philosophiques
et littéraires de la foule ; ils en deviennent simplement
les éditeurs, et leurs livres, espèces d'albums
aux mille auteurs anonymes, n'en occupent pas moins une
place considérable dans la littérature... Ils traversent les
siècles, les révolutions politiques et morales, reparaissant
toujours jeunes, toujours nouveaux, car ils portent en eux
le germe le plus pur de la sagesse humaine, contrôlée,
corrigée par les générations.
Cénac Moncaut