Merci K : récit

Il le fallait.
Il fallait cette mort, ce deuil, ces larmes : tant de
larmes...
Il fallait cette plongée dans la douleur, cette mue de
souffrance, ces arrachements, ce crâne dégarni, ce
corps mutilé...
Il fallait ces épreuves, ce cancer, pour que
m'abandonnent cette culpabilité, cette chape de
tragédie, ces rôles imposés, cette obligation de sacrifice
et d'oubli de moi.
Comme un animal blessé, comme un phénix brûlé au
feu de son brasier intérieur, il me fallait ce rituel
expiatoire, cette amertume emportée par ces torrents de
pleurs, cette blessure fondatrice pour pouvoir renaître à
moi-même.
Pour retrouver la Yaelle qui ne demandait qu'à vivre,
aimer, s'aimer.
Pour abandonner les masques du quotidien, l'écume
des convenances, renaître à moi-même, et retrouver
cette lumière profonde, cette ouverture au monde, à ma
vraie nature, à mon âme, à mon
corps, mon amour...
Et aujourd'hui, je sais que j'ai
raison : eux, là-haut, veillent
toujours sur moi, et je n'ai rien à
craindre de la vie...
Michelle Suissa