Dieu est mort, vive Dieu : une nouvelle idée du sacré pour le IIIe millénaire : l'anathéisme

«Que voulons-nous dire quand nous parlons au nom de Dieu ? S'agit-il
d'un Dieu tout-puissant qui résoudra tous nos problèmes, viendra nous
sauver et nous réprimander, nous condamner et nous contrôler ? Ou
quelque chose de très différent ? Quand nous prions au "Nom du Père",
est-ce une régression, voire un retour aux premiers rites de dépendance
et de projection infantiles ? Ou bien y a-t-il autre chose ? Quelque chose
au-delà de la superstition et du fétichisme puérils ? Quelque chose qui
fait signe vers une divinité qui pourrait bien être en chair et en os, ici et
maintenant ?»
Ainsi s'interroge au cours d'une exploration philosophique très personnelle
l'Irlandais Richard Kearney. Avec autant de force que bien des écrivains
athées, il dénonce les atrocités que la religion a fait commettre au nom
d'un théisme dogmatique. Mais il raconte aussi comment il est revenu
à la question de Dieu, en particulier lors d'études en France, «société
radicalement sécularisée». Et à interroger toutes les religions sur cette
vertu qu'est l'hospitalité. Autrement dit accueil à l'autre, à l'étranger, quel
qu'il soit.
Qu'appelle alors Richard Kearney de ses voeux ? La création d'un «espace
anathéiste où la décision libre de croire ou de ne pas croire serait non
seulement tolérée, mais chérie». Ce terme nouveau d'anathéisme («Dieu
après Dieu», en grec), il l'a forgé pour en finir avec l'Être Tout-Puissant
auquel il n'est plus possible de croire depuis la Shoah. Et souligner
qu'un tout autre Dieu peut advenir, souffrant voire impuissant, dont «la
faiblesse s'entend comme un appel à la force ravivée de l'humanité».