Cahiers Disputatio, n° 1. Evolution & christianisme

Les catholiques ont pendant très longtemps cru que la théorie de l'évolution est incompatible
avec l'affirmation biblique de la création du monde. Beaucoup d'évolutionnistes, quant à eux,
ne l'auront été qu'en partageant le même préjugé et, trop pressés d'en finir avec les vieilles
lunes de la religion catholique, se croyant modernes, ils auront adhéré religieusement à ce
qui ne fut d'abord qu'une hypothèse scientifique. Dans tous les cas, les raisons des uns et
des autres n'en étaient pas, et répondaient à des impératifs idéologiques, qui sont toujours
le témoignage d'une peur non combattue. Peur de qui, peur de quoi ? Peur de perdre du
terrain pour les uns, peur de découvrir un monde qui viendrait bousculer les représentations
classiques du monde pour les autres, ou peur de devoir admettre la présence d'une
intelligence derrière les phénomènes de l'Univers à laquelle il faudrait bien reconnaître
une certaine autorité. Mais la peur a toujours tort, elle a toujours eu tort. L'intelligence est
faite pour chercher la vérité et c'est bien un point sur lequel devraient se retrouver tous les
hommes de bonne volonté. Les catholiques attachés à leur lecture traditionnelle du récit de
la création, en se raidissant, commirent une faute, quand il suffisait de regarder à nouveau
pour voir surgir un monde encore plus extraordinaire que le vieux monde figé, créé une
bonne fois pour toutes ; les partisans de l'évolution, trop empressés de conclure, commirent
la même erreur bien que pour des raisons diamétralement opposées et infondées : ils
pensaient à tort avoir une arme contre le théisme et l'Église, alors qu'ils ne faisaient que
confondre évolution, changements et hasard. C'est bien à un renouveau de l'ontologie que
nous invite cette découverte de l'historicité de la création du monde.