Comme une soif d'être homme, encore : anthologie poétique

Gabriel Mwènè Okoundji : poète africain francophone ?
Trois mots-clés, trois clichés, trois fausses pistes.
Lors d'un récent salon du livre auquel il participait, et dans le cadre d'une
table ronde où il intervenait après quelques auteurs qui, tous, ne manquaient
pas de se déclarer poètes, Gabriel Mwènè Okoundji, lui, affirmait :
« Eh bien, moi, je ne suis pas poète ! »
Qu'est-ce à dire ?
Bien sûr, le parcours que les lecteurs vont découvrir dans ce livre est un
parcours éminemment «poétique», un parcours en poésie à la mesure de
toute une vie. Cependant, Gabriel Mwènè Okoundji le rappelle tout au long
de son oeuvre : il est un passeur et il est un «porteur de souffle». Il porte
une parole souveraine, une parole ancrée dans l'oralité, et par là même,
paradoxalement, une parole d'univers. Le passeur est un penseur. La parole
souveraine est connaissance. Et elle est réminiscence.
Dans un contexte d'ancestralité qui en bannit aussitôt les résonances cartésiennes
et platoniciennes, on lira dans Fragment I d'un Dialogue d'Ampili
et Pampou , la formulation décisive :
«- Je pense donc je me souviens
- De quoi ? Dis, Pampou !
- De cette pensée inépuisable qui m'habite. »
Tout, dans le parcours de l'auteur, s'oppose à une quelconque réduction
identitaire. C'est la terre, la vie, la mort et la figure de l'Homme qui sont
au centre de l'oeuvre : « Voici le domaine d'une parole d'Hommes », nous dit le
passeur qui, lumineusement, met en avant la parole qui tient parole, celle
de la plénitude, sur le chemin de l'espoir :
«Le chant bien chanté est graine semée qui sauve de l'oubli.»
Et le chant emprunte tous les chemins du monde :
«Rome n'est qu'une escale d'entre les escales, comme Bordeaux,
comme Okondo-Ewo...»
Joan-Pèire Tardiu
Cette anthologie inclut un nombre significatif - mais elle ne les contient
pas tous - de textes poétiques publiés dans différents ouvrages, depuis Cycle
d'un ciel bleu (1996) jusqu'aux Chants de la graine semée (2014). Les poèmes
ici retenus ont fait l'objet d'une relecture par l'auteur, au cours de laquelle
il a apporté parfois de substantielles modifications allant de l'épure au
remaniement de vers, voire à la réécriture.