Les dragons ne connaissent pas le paradis

Les fruits de l'oeuvre de Caio Fernando, hors des paradis tropicaux au goût des appétits européens sont ceux d'un Brésil en décomposition, de carnavals macabres masqués par le Carnaval. Les fruits des gigantesques centres urbains tels que Sao Paulo : anonymat, solitudes, précarité, violence, prostitutions ; intoxication par toutes les drogues dont on se pique, au propre et au figuré.
L'écriture est impressionnée par ce regard, comme une plaque photographique : elle ne décrit pas, elle est violence, clichés, laideur, solitude, abandon, folie. Mais sa lecture, par un effet de paradoxe hautement littéraire, parle maîtrise, poésie, beauté, solidarité, lucidité, et une histoire horrible devient belle. Des enfers de Caio Fernando on sort, béant.
La nouvelle, forme par excellence du monde latino-américain, est le terrain naturel de son univers fragmenté. Ici, rien ne dure, rien ne s'affirme, tout lasse, casse et passe. L'illusion comme son contraire. Dans l'ironie mortelle et la vivante simplicité.
Claire Cayron