Karakorum. Vol. 1. Un joyau de l'Inde moghole : le mausolée d'Itimâd ud-Daulah

À Agra, se dresse un mausolée de marbre blanc aux murs constellés
d'incrustations de pierres semi-précieuses et ornés de peintures
raffinées. Moins grandiose et moins renommé que le célèbre Tâj
Mahal (1632-1643), le mausolée d'I'timâd ud-Daulah n'en est pas
moins l'un des joyaux incontestés de l'art moghol du XVII<sup>ème</sup> siècle.
Le mausolée fut érigé à l'extrême fin du règne de l'empereur
Jahângîr (1605-1627) et achevé en 1628. L'épouse de Jahângîr.
Nûr Jahân, le fit élever pour abriter les dépouilles mortelles de son
père Mîrzâ Ghiyas Beg et de sa mère. Persan d'origine, Mîrzâ Ghiyas
Beg était entré au service de l'empereur Akbar. Avec l'accession au
trône de Jahângîr, et le mariage de l'empereur avec sa fille Nûr Jahân
en 1611, le pouvoir et le prestige de Mîrzâ Ghyas Beg ne cessèrent de
croître. Elevé au rang de Premier ministre par le souverain, Mîrzâ
Ghiyas Beg se vit en outre gratifié par l'empereur du titre prestigieux
d'I'timâd ud-Daulah, «le Pilier de l'Etat».
Préfigurant l'incomparable Tâj Mahal, le mausolée d'I'timâd
ud-Daulah révèle un certain nombre de partis pris architecturaux
ou décoratifs appelés à connaître, sous le règne de Shâh Jahân, une
éclatante faveur - tels le revêtement de marbre blanc couvrant la
surface totale du bâtiment, les tourelles d'angle se muant en minarets,
la profusion et la richesse des incrustations de pierres semi-précieuses
se déployant en d'éclatantes marqueteries polychromes
sur la blancheur opaline des murs ou encore la prédilection pour
les bouquets et les motifs floraux. Bâti au sein d'un vaste jardin
symétrique aménagé suivant le modèle persan du jardin quadripartite,
le mausolée d'I'timâd ud-Daulah dresse vers le ciel quatre
tours d'angle coiffées de petits kiosques hypostyles. Les murs extérieurs
du mausolée s'ornent de délicates incrustations de pierres
polychromes - onyx, jaspe, topaze, agate ou cornaline - affectant
la forme de ramures, de pampres, de fleurs, de cyprès, de vases et
d'aiguières ou reproduisant à l'infini divers motifs géométriques.
Encore plus spectaculaire est son ornementation intérieure, où la
peinture s'allie aux délicates marqueteries de pierre. Murs, plafonds
et niches s'ornent de peintures murales et de reliefs de stuc peints et
sculptés en une combinaison de couleurs éclatantes où dominent les
ocres, les rouges et les verts. Les motifs peints reprennent des motifs
traités en incrustations de pierres polychromes : arbres d'essences
diverses, vases emplis de fleurs et de feuillages, pampres et grappes de
raisins, mais aussi coupes débordantes de fruits et plateaux remplis de
grenades - motifs qui tous constituent autant de symboles, de métaphores
et de contrepoints visuels aux descriptions coraniques évoquant
les splendeurs et les délices promis aux Elus accueillis dans le
Jardin d'Eden.