Variations, n° 1 (2006). Mouvement social et politiques de la transgression

Ce numéro de Variations explore l'élan transgressif des mouvements contemporains,
en avançant des idées qui sortent des discours sociaux-démocrates lénifiants
et des schémas marxistes-léninistes peu imaginatifs.
Nous publions l'épilogue du livre de John Holloway Changer le monde sans
prendre le pouvoir , qui a marqué le mouvement altermondialiste. Dans son
texte, l'auteur aborde la question décisive «Que faire ?», en évitant de tomber
dans les pièges de l'action instrumentale des partis traditionnels. Les principaux
arguments de son livre sont introduits par Ret Marut. Patrick
Cingolani revient sur les thèses de Negri et Hardt au sujet de la multitude et
de l'Empire, en saluant la place accordée à la subjectivité des salariés, mais en
regrettant le penchant vers la clôture systémique et totalisante de leur théorie.
Alex Neumann prolonge ces réflexions historiques vers une critique radicale
de la manière dont le gouvernement de la gauche plurielle a tenté d'organiser
le plébiscite en faveur de sa politique, en partant de l'exemple des 35 heures. Il
mobilise des concepts issus des premiers travaux de Jürgen Habermas, permettant
de retrouver le sens premier de la Théorie critique. Adrien Thomas examine
les structures sociales et étatiques qui entravent l'inscription du syndicalisme
dans un mouvement social permanent, en montrant les apories de la
CGT de l'énergie. Michal Koslovski rappelle et interprète la dynamique du
syndicat Solidarnosç, issu d'un puissant mouvement social dont les non-dits
politiques peuvent expliquer sa conversion en groupuscule conservateur.
Deux recensions, de Julien Bordier , au sujet de La Haine de la démocratie et
de Philippe Maingault , au sujet de Au-delà de Blade Runner : Los Angeles et
l'imagination du désastre , complètent cette discussion.
Trois textes hors-champ soumettent au débat des contributions originales
concernant la dialectique négative d'Adorno ( Laurent Plet ), une performance
situationniste scandinave ( Mikkel Bolt-Rasmussen ) et le théâtre de Sarah Kane
( Laure Couillaud ).