Quand la violence déplace : mémoires et migrations forcées depuis et vers la Turquie

La mémoire des migrations forcées au XX<sup>e</sup> siècle de populations depuis ou
vers la Turquie n'a été que très peu étudiée - excepté pour les Arméniens
et les Grecs. Cet ouvrage propose de réparer cet oubli en interrogeant
sur la façon dont ces événements traumatiques ont pu être relatés et transmis
de génération en génération. À partir d'enquêtes de terrains ou d'enquêtes
diachroniques à travers la littérature, il donne la parole aux exilés qui expriment
les violences subies et la perte douloureuse de leur «patrie», leur terre d'exil
n'étant que leur «nouveau pays».
Y a-t-il un retour sur les lieux d'origine après des années d'installation en Europe
ou en Turquie, lorsque l'exil est très ancien ? Assiste-t-on à des commémorations
en terre d'exil de certains événements importants ? Les associations en terre d'exil
contribuent-elles à ce travail de mémoire ? L'identité ethnique et/ou religieuse
peut-elle être conservée en terre d'exil ? La langue différente de celle de la
région ou de l'État-nation d'origine, non enseignée à l'école, comme le kurde
en Turquie, participe-t-elle à ce travail de mémoire ? Constitue-t-elle le ciment
autour duquel se raccrochent ces réfugiés ? Telles sont les questions auxquelles
cet ouvrage s'efforce de répondre, autour de trois axes d'étude : la mémoire des
populations échangées en 1923 dans le cadre de la Convention de Lausanne,
obligées de quitter leur pays (Grèce ou Anatolie) sur décision administrative ;
les migrations forcées des Kurdes dans leur pays, organisées par l'État kémaliste
et plus récemment les migrations politiques ont poussé hors de leur pays les
Kurdes, fuyant la répression et la guerre qui font rage depuis 1984 ; les cas de
migrations forcées aux marges du territoire turc, mais qui le concernent car elles
impliquent un retour/une installation en territoire turc ou un départ définitif.