Proudhon ou L'esprit libertaire

«Être gouverné c'est être gardé à vue,
inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé,
parqué, endoctriné, prêché, contrôlé,
estimé, apprécié, censuré, commandé, par
des êtres qui n'ont ni titre ni la science, ni la
vertu...
Être gouverné, c'est être, à chaque
opération, à chaque transaction, à chaque
mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé,
timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié,
autorisé, apostillé, admonesté, empêché,
réformé, redressé, corrigé.
C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au
nom de l'intérêt général, être mis à contribution,
exercé, rançonné, exploité, monopolisé,
contusionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à
la moindre résistance, au premier mot de
plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé,
traqué, houspillé, assommé, désarmé,
garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé,
condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et
pour comble, joué, berné, outragé,
déshonoré.
Voilà le gouvernement, voilà sa justice,
voilà sa morale ! Et qu'il y a parmi nous des
démocrates qui prétendent que le gouvernement
a du bon ; des socialistes qui soutiennent,
au nom de la liberté, de l'égalité et de la
fraternité, cette ignominie ; des prolétaires
qui posent leur candidature à la présidence la
République !»