Hippolyte Bernheim : un destin sous hypnose

«On ne naît pas médecin, on le devient», déclare le P<sup>r</sup> Hippolyte
Bernheim lors de sa leçon inaugurale à la faculté de médecine de
Nancy en 1873. À 33 ans, à peine plus âgé que ses élèves, il veut
exercer une médecine ouverte à toutes les innovations, mais aussi et
surtout enracinée dans l'expérience des malades. C'est l'époque où
l'art médical devient technique, le médecin, ingénieur. De nombreuses
découvertes ont eu lieu, qui permettent de mieux comprendre comment
agissent les microbes, les bactéries, les virus. Pour contrebalancer cette
médecine de laboratoire, Hippolyte Bernheim explore avec système,
humour et conviction les rapports entre le corps et l'esprit, la raison
et la folie, la maladie et la santé. Il le fait au moyen d'une pratique
ancienne mais longtemps décriée : l'hypnose.
Véritable virtuose, Hippolyte Bernheim est bientôt connu dans
l'Europe entière, et même au-delà. Le jeune Freud vient prendre des
leçons dans son service. Il se rangera à ses côtés quand, dans la querelle
de l'hystérie, à la suite de Charcot, les grands pontes de la capitale
dénonceront l'apparente simplicité de ses démonstrations. Redoutable
polémiste, pourfendeur d'idées fausses, n'hésitant jamais à remettre
en question un dogme énoncé en haut lieu s'il ne correspond pas à la
réalité, Bernheim va, avec ses collègues de l'École psychologique de
Nancy, tracer en quelques années la voie vers les neurosciences et les
psychothérapies.