Classé X : petits secrets des classes prépa

Maths sup, Maths spé, Polytechnique : c'est le
chemin de l'élite. Mais les bacheliers qui s'engagent dans cette
voie savent-ils ce qui les attend ? La journée de travail du taupin
commence à 8 heures, finit à minuit ; la vie, l'actualité et le bruit du
monde s'arrêtent à la porte de sa classe ; la réussite aux concours
est une question de vie ou de mort ; les épreuves sont des
batailles ambiguës dont on ressort à chaque fois mi-vainqueur et
mi-vaincu. Leur succession finit par façonner une véritable technique,
accrocheuse, productive et maîtrisée, un art du devoir en
temps limité. Ainsi se forment les bêtes à concours.
Certains deviennent brutalement taciturnes, insomniaques,
obsessionnels. Si la plupart ont la bosse des maths en arrivant, tous
repartent avec un traumatisme crânien. «Mon cerveau a vomi ce
qui lui a été inculqué, si bien que je serais aujourd'hui incapable de
donner des cours en première année de fac. Lorsque je m'oblige
parfois à exhumer de vieilles formules, c'est avec peine, et plein du
sentiment étrange et douloureux que cet élève n'était pas moi.»
Quel impératif national justifie qu'une partie de la jeunesse se
mutile en sacrifiant ses meilleures années ? Comment ceux
qui ont été ainsi formés affrontent-ils le monde du travail et s'y
comportent-ils ?