L'éthique du psychanalyste

Depuis l'effondrement du mythe du Progrès au cours du XX<sup>e</sup> siècle, tous
les champs de la culture se sont confrontés à une réflexion éthique. En
tant que méthode thérapeutique, la psychanalyse ne pouvait échapper à
l'éthique séculaire médicale, tout comme actuellement à l'éthique du soin.
Mais en tant que méthode basée sur le transfert de motions pulsionnelles,
c'est l'«homme de l'éthique», avec ses valeurs morales et esthétiques, qui
l'interpelle et la contraint à préciser ses principes spécifiques. La révélation
par la règle fondamentale des multiples transgressions possibles, qu'elles
soient agies ou internes au fonctionnement psychique lui-même, leur
pouvoir de contagion contre-transférentielle, exige de l'analyste qu'il les
reconnaisse et les interprète en tant que telles. La formule de Freud, «sincérité
totale contre discrétion absolue», soutient cette exigence d'avoir à
côtoyer et penser le transgressif plutôt que de le bannir et le condamner.