Vingt ans après. Vol. 2

Charles restait stupéfait, anéanti, devant ces hommes
qui, étrangers, sans aucun mobile qu'un devoir imposé
par leur propre conscience, luttaient ainsi contre la
volonté d'un peuple et contre la destinée d'un roi.
- Vous, dit-il, vous ! comment êtes-vous parvenu
jusqu'ici ? Mon Dieu, s'ils vous reconnaissaient, vous
seriez perdu.
- Ne songez pas à moi, sire, dit Aramis en recommandant
toujours du geste le silence au roi, ne songez
qu'à vous ; vos amis veillent, vous le voyez ; ce que nous
ferons, je ne le sais pas encore ; mais quatre hommes
déterminés peuvent faire beaucoup. En attendant, ne
fermez pas l'oeil de la nuit, ne vous étonnez de rien et
attendez-vous à tout.
Charles secoua la tête.
- Ami, dit-il, savez-vous que vous n'avez pas de temps
à perdre et que si vous voulez agir, il faut vous presser ?
Savez-vous que c'est demain à dix heures que je dois
mourir ?
- Sire, quelque chose se passera d'ici là qui rendra
l'exécution impossible.