Michel Valprémy : 1947-2007

Toutes les places assises de la cabine du vaporetto étaient
occupées. Je restai donc debout, sur le pont. Les pétarades du moteur et les remous du vent forçaient
au silence les plus bavards, ceux qui, à trop vouloir faire part de leur émotion,
effrangent fil à fil celle de l'entourage, parents, enfants, amis ou inconnus.
Quelque main tendue désignait le mur d'enceinte du cimetière de San Michèle ou, au-dessus des têtes, le vol plané
d'une mouette plus audacieuse que ses soeurs. La lumière
était ample et fraîche, sans découpures, sans arêtes vives.
Je respirais la lumière, je laissais fondre son fruit dans ma
bouche, la peau bleue et verte, la pulpe jaune. J'avais cru à
tort que rien ne pouvait mieux me convenir que l'échelonne-
ment serré des tunnels de la Riviera ou des bords ouest du lac
de Garde. La lumière m'habitait, m'enveloppait. Il n'y avait
pas de meilleur guide. Elle me conduisait là où je devais aller.