L'apprentissage de la sexualité pour les personnes avec autisme et déficience intellectuelle : la masturbation est une compétence

Cet ouvrage a la modeste ambition de traiter un sujet épineux à bien des égards : la
conduite masturbatoire manifestée par une personne vulnérable, qui n'atteindra jamais la
majorité sexuelle (loi française) du fait de son handicap mental qu'est l'autisme avec
déficience intellectuelle (classification OMS, CIM 10).
Psychologue spécialisé dans le domaine des troubles du spectre autistique (TSA), je suis
régulièrement témoin de ces parents et de ces professionnels du monde médico-social qui
cherchent à mettre du sens à la conduite sexuelle de la personne avec autisme, souvent
complexe à interpréter d'autant plus si la déficience intellectuelle légère à profonde
accompagne l'autisme. Mon intérêt pour la pratique masturbatoire n'est pas une initiative
personnelle mais plutôt le résultat d'un constat régulièrement fait sur le terrain de ma
pratique : la majorité des personnes porteuses d'un autisme sont déficitaires sur le plan
intellectuel. Leurs outils socio-cognitifs, leur mode de fonctionnement si singulier de la
pensée (compréhension au sens littéral de leur environnement, perception du détail non
pertinent pour comprendre une attente sociale, troubles de la sensorialité, sévères lacunes
pour accéder à la pensée conceptuelle, focalisation sur des intérêts restreints et stéréotypés
souvent non adaptés à leur âge chronologique, troubles graves de la communication,
anomalies sur le plan des compétences sociales réduisant l'aptitude à la réciprocité sociale et
favorisant les profils sociaux distants et/ou passifs) favorisent une sexualité du plaisir sexuel
autocentré.
Difficile est l'adaptation de l'environnement social face à la singularité autistique et à
l'atypisme des conduites autistiques, et force est de constater que les lacunes s'amplifient
pour l'entourage familial, social et professionnel pour mettre un sens adapté et respectueux à
la conduite sexuelle qu'est la masturbation. Pour un sujet aussi tabou qu'est celui de
l'auto-érotisme, les besoins de conseils sexologiques sont constants pour les différents
partenaires acteurs dans l'accompagnement des personnes souffrant d'un tel handicap mental.
Plus qu'une simple revue de questions traitant et de l'autisme, et de la sexualité, ce manuel
cherche à illustrer des propos théoriques via des expériences cliniques vécues auprès de
cette population et à lister les outils, propres à l'éducation sexuelle, compatibles avec les
recommandations internationales scientifiques qui traitent de l'autisme.