La parenté hagiographique (XIIIe-XVe siècle) : d'après Jacques de Voragine et les manuscrits enluminés de La légende dorée (c. 1260-1490)

L'ouvrage de Chloé Maillet nous plonge au coeur d'une
parenté bien extraordinaire : des femmes se travestissent,
des hommes sont enceints, des moines maternent, des
pères allaitent leur enfant, des époux pratiquent la chasteté
conjugale, des jeunes filles vierges sont barbues, des fils égorgent
leurs parents, des mères font des avances à leur fils, tuent leurs
propres enfants ou les mangent, etc. Cette parenté troublée,
déviante, inversée ou fantasmée est celle des saints et des saintes
de l'Occident médiéval que l'auteure nomme la «parenté hagiographique»
qui vient s'ajouter et se combiner à la parenté
charnelle, à la parenté baptismale, à la parenté spirituelle et à la
parenté divine. En s'appuyant pour l'essentiel sur la confrontation
entre le texte de La Légende Dorée de Jacques de Voragine et
les images de trente-sept manuscrits enluminés produits entre
la seconde moitié du XIII<sup>e</sup> siècle et la fin du XV<sup>e</sup> siècle de ce
remarquable légendier qui connaît une immense diffusion dans
toute l'Europe, Chloé Maillet nous livre une stimulante réflexion
sur les fondements de la parenté médiévale et sur l'ensemble des
liens sociaux qui la composent car les qualités des saints et des
saintes révèlent et construisent l'idéal de la société qui a produit
ces modèles.
Didier Lett