Le langage de la prière : essai d'analyse philosophique

Que faisons-nous lorsque nous parlons à Dieu dans
la prière ? «Les critères habituels qui permettent de
distinguer entre une parole sensée et une parole
dépourvue de sens ne sont pas pertinents si on les
applique à la prière. Lorsque nous parlons, nous voulons
normalement ou bien informer ou bien motiver celui qui
nous écoute. Celui qui prie ne peut avoir l'intention
d'informer Dieu : il est en effet convaincu que Dieu sait
déjà tout. Il ne peut, non plus, avoir l'intention de le
motiver, car il est convaincu que Dieu est parfaitement
bon, et si ce qu'il demande est bon, Dieu ne peut que le
vouloir déjà, indépendamment du fait qu'Il ait été prié
ou non. De toute évidence la prière ne délivre ni
information ni motivation.
Le fait que la prière n'ait valeur ni d'information ni de
motivation est une des raisons essentielles pour laquelle
on a soupçonné la prière d'être un propos dénué de sens.
Mais ce soupçon n'est peut-être que le résultat de la
méconnaissance, de la part du philosophe, de la "logique
de sens" propre à la prière.»
R. Schaeffler propose dans ce livre une analyse des actes
de langage de la prière, de ce que nous faisons quand
nous prions. Cette analyse nous entraîne à la suite des
découvertes de la linguistique moderne (Austin, Cohen)
mais aussi au coeur des plus anciennes prières (psaumes).
Le langage de la prière trouve sa vérité dans la façon
dont il permet ou non d'entrer en relation avec Dieu,
d'exprimer et d'approfondir, de façon consciente, cette
relation.