La demoiselle en blanc. L'escalier

La demoiselle en blanc : J'imagine que c'est à ce moment-là que tu l'as aperçue à travers ton objectif, surgissant des herbes folles, le sable giclant sous ses pieds, courant à perdre haleine vers la mer en tentant de se défaire de sa robe de nuit.
Tu n'as pas pu résister, tu as crié : Fräulein ! Fräulein in Weiss ! Nevi Morrisson s'est retournée, furieuse qu'on ait osé interrompre sa course frénétique et voler son premier moment de liberté érotique.
C'était à moi déjouer.
Je me suis jetée sur toi et, dans un clic, tu m'as créée, moi, la Demoiselle en blanc...
Petite fille rouge : Maman ? C'est toi ?
Femme : Ma fille ? Tu es... une fille ?
Homme : Une jonquille ? C'est une jonquille ?
Petite fille rouge : Oui, maman, oui, papa, et avant que vous ne m'aimiez trop, j'ai quelque chose à vous dire.
Femme : Comment pourrait-on t'aimer trop, ma précieuse ?
Homme : Et avant quoi trop pourrait être trop ?
Choeurs des hommes et des femmes : Au bout du fil, la petite leur murmure alors le funeste secret de ses cellules.
Novembre 2009. Pour l'anniversaire de la chute du Mur, Berlin s'apprête à démolir les dernières ruines de son passé. L'une des maisons visées abrite une chambre noire où traîne le négatif d'une photo qui rêve d'être développé : la demoiselle en blanc.
En mars 1933, l'homme qui a déclenché l'objectif est parti pour des vacances qui s'éternisent, la laissant mystérieusement dans des limbes photographiques.
Depuis, elle attend son retour, désespère, y croit à nouveau, écoute, observe au dehors, tente de donner sens au mystère de cette absence.
Elle va ainsi traverser, en 28 000 nuits, une bonne part du XX<sup>e</sup> siècle.
Deux appartements l'un au-dessus de l'autre, deux amoureux, un couple... et un futur escalier qui va permettre de communiquer sans mettre le nez dehors. Mais pourquoi donc la 21<sup>e</sup> marche de cet escalier est-elle porteuse d'émotion ?